Travailleur détaché : Il coute plus cher qu’un employé français au SMIC

Un travailleur étranger détaché coute plus cher à l’employeur qu’un salarier français au SMIC

Le rapporteur général au Budget, Valérie Rabault, vient de casser le mythe du travailleur détaché venant de l’étranger. Mythe selon lequel un travailleur étranger est un bien meilleur investissement pour un patron. Selon elle, il revient plus cher à une entreprise d’embaucher un travailleur détaché que d’employer un français au SMIC.

Valérie Rabault travailleur détaché
Valérie Rabault et François Hollande
Crédit : Besoin de gauche

Exemple à l’appui, elle a défendu cette opinion hier devant l’assemblée nationale. « Désormais, pour un salarié payé au SMIC, les cotisations patronales représentent 10 % du salaire brut, contre 20 % en 2007 comme en 2012 ». Ceci est principalement dû au CICE et au pacte de responsabilité.

Selon elle, « un salarié français rémunéré au SMIC par une entreprise exerçant sur le territoire national revient désormais, pour son employeur, à 1 609 euros par mois ». En se basant sur les notes du ministère des finances, elle compare cette valeur aux travailleurs détachés.

« si ce même employé était de nationalité polonaise, qu’il était payé au SMIC en France et que les cotisations étaient versées en Pologne ou en Roumanie, il coûterait à son employeur 1 756 ou 1 619 euros par mois ».

  • Une réalité différente sur le terrain ?

Puis après avoir indiqué ces chiffres, Valérie Rabault salue « les efforts accomplis par la France, avec le CICE et le pacte de responsabilité, en matière de coût du travail pour les salaires au niveau du SMIC ».

Ces déclarations arrivent au moment en plein polémique sur l’emploi de travailleur étranger. Ces travailleurs détachés viennent principalement de Pologne et de Roumanie.

Mais plusieurs observateurs font remarquer une autre réalité. Pour eux, les calculs de Mme Rabault ont beau être justes, ils ne reflètent pas les pratiques sur le terrain. En effet, ces travailleurs étrangers acceptent régulièrement de travailler 55 ou 60 heures par semaine, payées 35. De plus, ces travailleurs détachés acceptent des rémunérations au SMIC là où les français sont souvent payés 1,5 fois le SMIC.

Les salaires indécents des grands patrons en France en 2015

Les rémunérations des grands patrons du CAC40 continuent de grimper

Les salaires des grands patrons se chiffrent toujours en millions d’euros annuels et la tendance n’est pas à la baisse. Certes, le calcul de leur rémunération est complexe de part la nature multiple de leur revenu. Mais les sommes atteintes crèvent tous les plafonds et se chiffrent en centaines d’années de SMIC.

D’un coté, de plus en plus d’efforts sont demandés aux employés. De plus, les réformes dégradant les acquis sociaux se multiplient. Sans oublier la pression de MEDEF se veut régulière afin de défendre les intérêts des patrons. On ne peut que s’indigner des salaires que touchent les grands patrons du CAC40.

  • Des rémunérations astronomiques

Ghosn - grands patrons
Carlos Ghosn – India Economic Summit 2009

Au sommet de cette liste de grands patrons aux revenus astronomiques, on retrouve Olivier Brandicourt le directeur général du groupe pharmaceutique Sanofi. Celui-ci explose ainsi les chiffres avec sa prime de prise de fonctions de 2 millions d’euros et le versement de milliers d’actions gratuites qui se chiffrent à plus de 5 millions d’euros au cours actuel.

Arrive ensuite, Jean-Pascal Tricoire, président du fabricant de produits électriques Schneider Electric. Il se retrouve aux sommets des rémunérations grâce au versement d’une prime astronomique de presque 5 millions d’euros l’an dernier.

Peut-être est-ce lié au fait que ces deux entreprises ne sont pas forcément connues du grand public mais ces rémunérations indécentes sont pourtant passées plus discrètement que celles des patrons de Renault et de Peugeot. En effet, Carlos Ghosn, le patron de la marque au losange, affiche une rémunération astronomique. Plus de 7 millions d’euros, sans compter ce qu’il touche avec Nissan ! Carlos Tavares, le patron de Peugeot a touché en 2015 plus de 5 millions d’euros.

La rémunération de Carlos Ghosn en 2015 représente 415 années de SMIC. Celle de Carlos Tavares équivaut à 300 années de SMIC. Autrement dit, la rémunération d’un seul homme équivaut à celle de 415 personnes payées au SMIC dans le cas du patron de Renault.

Gérard Mulliez : « Le salaire maximum devrait être de 20 SMIC »

Gérard Mulliez, le patron du groupe Auchan, préconise de plafonner les plus gros salaires à 20 SMIC.

Gérard Mulliez est un homme qui fait rarement parler de lui dans les médias. Pourtant, le fondateur du groupe Auchan est une des premières fortunes de France. Le groupe Auchan comprend entre autres les enseignes Leroy Merlin, Boulanger, Norauto, Décathlon, Flunch, Saint-Maclou, Kiabi et bien d’autres. Il s’agit de l’une des plus remarquables réussites professionnelles françaises.

L’interview qu’il a accordé au magazine « l’Obs » est un événement tant l’homme est du genre discret. C’est au cours de celle ci que Gérard Mulliez a donné son avis sur un certain nombre de faits d’actualité, dont notamment les récentes polémiques liées aux révélations sur le montant des salaires perçus par certains patrons de grandes sociétés.

  • « 20 SMIC, aucun dirigeant ne devrait avoir plus que cela »

« Dans ma famille, on a toujours préconisé que le salaire maximum soit de 20 smic et on se tient à cette règle chez Auchan. Aucun dirigeant ne devrait avoir plus que cela » a livré Gérard Mulliez au journaliste qui l’interviewait.

Gérard Mulliez, patron d'Auchan
Un supermarché Auchan
Crédit : BKP

Il poursuit en ajoutant qu’être payé 20 fois le SMIC « C’est déjà beaucoup. Vous êtes payé tout seul comme 20 personnes de votre entreprise ! De plus, c’est une erreur de tir. En général, lorsque vous avez des patrons surpayés, ils surpayent aussi leurs subordonnés directs. Et qui voit sa rémunération limitée ? Le personnel de base ».

Gérard Mulliez termine en se décrivant lui-même comme radin « Je voyage en seconde classe » avoue-t-il, avant d’ajouter que « jusqu’à la naissance de mon troisième enfant, […],  je faisais du camping chaque été ».

Ce coté entrepreneur modeste et socialement responsable affiché par Gérard Mulliez ne doit pas occulter le fait que la famille Mulliez est aussi connue pour son optimisation fiscale qui lui a fait déménager de l’autre coté de la frontière. En effet, la fiscalité est bien plus avantageuse en Belgique pour les grandes fortunes et les très riches payent beaucoup moins d’impôts dans le plat pays.

Quand le SMIC est une valeur de référence

Il n’est pas rare que le SMIC soit utilisé comme une valeur de référence, pour illustrer certains montants d’argent importants.

Parachutes dorés, paies astronomiques, dépenses encensées… Les exemples ne manquent pas pour monter à quel point le SMIC peut être utilisées comme une valeur de référence.

On notera le récent déplacement controversé du premier ministre Manuel Valls à Berlin pour assister à la finale de la ligue des champions de football. Il aurait couté entre 12 000 et 15 000 euros selon les estimations.

Les comparaisons avec le SMIC brut à 1457 euros ne se sont pas faites attendre. Les plus critiques ont fait remarquer à qui voulait bien l’entendre que ce déplacement officiel avait couté à l’Etat plus de 10 mois de SMIC.

Et quand la valeur du SMIC mensuel ne suffit pas, on utilise l’année de SMIC. Ceci représente une valeur de référence de 17503 euros. Ainsi, l’attaquant de l’équipe de football (encore!) du Paris Saint Germain, Zlatan Ibrahimovic, touche un salaire annuel de 15 millions d’euros. Soit l’équivalent de 857 SMIC annuel. Il faudrait donc travailler 857 années au SMIC pour toucher le salaire d’une année de la star du PSG !

  • Mais pourquoi utiliser le SMIC comme référence ?

Le SMIC comme valeur de référence
Crédit : Дмитрий Неймырок

On pourrait par exemple utiliser le prix d’une maison comme base de comparaison. Ainsi on pourrait dire que M. Ibrahimovic peut s’acheter  tous les ans 100 maisons à 150 000 euros. Mais utiliser le SMIC comme valeur de référence n’est pas choisi au hasard. Cette comparaison est souvent faite pour illustrer des dépenses élevées, difficilement compréhensibles ou justifiables.

Ce n’est pas une coïncidence si le revenu du labeur d’un employé au SMIC est comparé avec ces sommes d’argent astronomiques. Cela renforce l’impression de fossé qui existe entre monsieur Tout-le-monde qui travaille toute l’année pour gagner un SMIC et ces salaires indécents ou ces dépenses irréfléchies.

Contrairement au prix d’une maison qui peut varier énormément en fonction de nombreux paramètres (lieu, taille, état, …) le SMIC bénéficie également d’une valeur fixe et commune. Ceci renforce sa portée en tant que valeur de référence dans le cadre de comparatifs avec des sommes d’argents élevées.

Pierre Gattaz souhaite des formations payées 80% du SMIC

Le président du MEDEF, Pierre Gattaz, préconise la possibilité d’embaucher des adultes en formation rémunérée 80% du SMIC.

« Je préconise de créer des contrats de professionnalisation sur mesure, en permettant aux entreprises d’embaucher à 80% du Smic, comme c’est la règle pour les moins de 26 ans ». Telle est la déclaration cette semaine de Pierre Gattaz, celui qu’on appelle le patron de patrons.

Le président de l’organisation patronale détaille sa proposition en précisant que « L’entreprise les formerait pendant une durée de dix-huit à vingt-quatre mois, un investissement lourd ».

Pour ce qui est de la rémunération des personnes qui suivraient cette formation, Pierre Gataz propose un salaire équivalent à 80% du SMIC. Il indique que « leur rémunération devrait être complétée par l’indemnité de chômage ou le RSA pour atteindre le Smic ».

  • Un double avantage pour l’entreprise et la personne formée

pierre gattaz
Crédit : Copyleft

Pour Pierre Gattaz, cette mesure aurait un double avantage. Elle permettrait de lutter contre le chômage en formant des personnes sans emploi à des métiers demandés par les entreprises. Ces méteirs sont parfois difficile à pourvoir, faute de profils adaptés.

« Il y a un million de personnes au chômage de longue durée et un million bénéficiant du RSA, très loin de l’entreprise et de l’emploi » enchaine Pierre Gattaz. Avec la formation qu’il préconise, les personnes sans emploi pourraient envisager « un retour à l’emploi durable ».

Certains syndicats restent cependant réservés sur cette proposition. En effet, ils soulignent l’existence de plusieurs mesures de retour à l’emploi qui offrent déjà des avantages à l’employeur. Ils craignent que ces formations telles que proposées par Pierre Gattaz ne débauchent pas sur des CDI.

Le président du Medef souhaite que la France s’inspire des modèles de nos voisins européens. « Par exemple, aux Pays Bas, la rémunération est inférieure au salaire minimum pour les jeunes. Et le taux de chômage y est très inférieur au nôtre ».